mercredi 12 mai 2010

Dissection d'une manoeuvre patriarcale, vue en coupe



" Jamais je n'ai compris qu'il y eût un sexe pour lequel on cherchât à atrophier l'intelligence comme s'il y en avait trop dans la race.

Les filles élevées dans la niaiserie sont désarmées tout exprès pour être mieux trompées: c'est cela qu'on veut.

C'est absolument comme si on vous jetait à l'eau après vous avoir défendu d'apprendre à nager, ou même lié les membres."

Louise Michel, militante anarchiste (1830-1905)
Mémoires



Désarmer pour mieux tromper, n'est-ce pas ce qui est en oeuvre lorqu'on laisse entendre aux petites filles qu'elle ne peuvent, ne doivent, ne savent se défendre physiquement, par exemple ?

L'unique mode opératoire du patriarcat semble aussi efficient que du temps de Louise Michel.




lundi 10 mai 2010

Le Test de Bechdel



Ce test, appelé Bechdel Test du nom de son auteure, Alison Bechdel, permet de mesurer avec une facilité déconcertante l'invisibilité des femmes au cinéma.


Lorsque vous regardez un film, posez-vous les trois questions suivantes:


- Y a-t-il au moins deux femmes (qui portent un nom) …


- qui parlent l'une avec l'autre …


- au sujet d’autre chose que d'un homme ?


Le test peut prêter à sourire, pourtant la réalité est moins drôle: peu de films passent le test avec succès, notamment les films grand public.


Slumdog Millionnaire, Pulp Fiction, Pirates des Caraïbes, Le Roi Lion, Terminator, Shrek, Brunö, Gosthbusters, Ocean's Twelve, Men in Black, Kirikou, Reservoir Dog, Alien, The Truman Show, Bambi, La Vie est Belle, etc.


Ce phénomène d'invisibilité est bien connu des féministes mais cet outil de mesure permet de relever avec objectivité les représentations androcentrées de la société dont les productions culturelles sont le reflet.


"On" veut sans conteste du héros de sexe masculin hétéronormé et "on" nous le fait savoir ...


Outre les qualités que l'on peut lui trouver à titre personnel, le Test de Bechdel fonctionne comme une "grille de lecture" ludique aisément exploitable dans le cadre d'une éducation aux médias auprès des jeunes.


Trois questions simples qui deviennent des outils de critique efficaces des stéréotypes sexuels.


Trois questions simples que l'on peut décliner sans complexe tant au niveau des sujets (minorités ethniques, groupes sociaux discriminés, etc.) que des supports (littérature, bande dessinée, émissions, etc.).



Enseignant.e.s, éducatrices ou éducateurs, formatrices et formateurs, pensez-y !



Merci à Emelire pour l'info dont je me suis inspirée.




jeudi 6 mai 2010

Lettre ouverte à Alain Souchon

"Alors, vous aussi. Vous, si plein de finesse, capable de ces nuances qui font notre bonheur, vous si attentif aux ombres et aux éclaircies du cœur, si respectueux en apparence des jupes des filles, ne trouvez rien de mieux que de voler au secours de Ribéry, et donc de ces sportifs adeptes de la troisième mi-temps, ces types lamentables qui exhibent leur fric et leur « virilité » en exploitant sexuellement des gamines et en buvant des bières.

"Tous les hommes vont au moins une fois voir les putes", dites vous. Parlez pour vous. Et au lieu d’excuser ceux qui vont « aux putes », demandez-vous pourquoi la société – et vous-même - vous permettez de les appeler du nom le plus insultant de toute la langue française. Ce ne sont pas des putes ; mais des femmes, des jeunes filles, qu’une histoire souvent difficile, violente neuf fois sur dix, a poussées dans l’impasse, et dont l’avenir est saccagé. Laisseriez-vous votre propre fille dans les boîtes à prostitution, à 16 ans, entre les mains sales des footballeurs et les tiroirs-caisses des proxos ?

Alors, tous frères, les hommes ? Souchon, Noah mais aussi Besson et Cohn-Bendit subitement d’accord ! Tous unis quand il s’agit de défendre le « droit » séculaire de montrer qui est le chef en soumettant sexuellement des marchandises féminines. Tous ringards plutôt. Vous auriez pu vous fendre, pour Zahia, d’une chanson. Pour ce pauvre papillon attiré par les médias, le fric et les paillettes, horizon ultime de nos sociétés engluées dans l’ultra moderne solitude. "

La p'tite Bill

Lettre parue en mai 2010 sur le site de la revue Prostitution et Société du Mouvement du Nid.

http://www.prostitutionetsociete.fr/eclairage/point-de-vue/lettre-ouverte-a-alain-souchon

vendredi 23 avril 2010



96% des individus incarcérés en France sont des hommes.

Cette donnée est acceptée mais rarement fouillée.

A la réflexion, l'on préférera toujours la répression plus confortable.

Pourtant, les prisons en France c'est la surpopulation, particulièrement dans les maisons d'arrêt, des conditions de détention indignes d'une société qui se voudrait humaniste, des violences et des vexations quotidiennes, des soins de santé élémentaires qui font défaut, des suicides plus fréquents qu'à l'extérieur, la maladie mentale qui s'installe ou s'aggrave et l'échec, in fine, à réhabiliter ces individus.

Et si la société, se regardait un peu le nombril plutôt que punir, sans vrai résultat, les déviances qu'elle a créées ?


96% est une proportionnalité assez significative pour qu'on la prenne en compte si l'on veut comprendre le mécanisme de la délinquance dans tous ses aspects (routière, sexuelle, familiale ou autres) et s'éloigner sensiblement d'un processus coercitif.

Que les hommes soient naturellement ou biologiquement plus déviants que les femmes n'est pas une thèse acceptable à mes yeux.

En revanche, on pourrait commencer par regarder de plus près l'éducation viriliste qui consiste à pourvoir les petits garçons en armes factices de plus en plus ressemblantes aux vraies armes qui font de vrai.e.s mort.e.s (ou même à se mettre dans la peau d'un tueur à travers les jeux-vidéo), à pousser les ados à considérer les femmes comme des objets sexuels à dominer (Cf. le marché florissant de la pornographie avilissante), à se démarquer de tout ce qui est féminin ou s'en rapproche par une attitude de supériorité imbécile (l'insulte suprême étant de se faire traiter de femme ou de gay), à conduire plus vite que son voisin, être plus musclé que lui, etc.

Parce que cette éducation-là, elle fait vraiment des ravages chez ceux qui ne l'ont pas mise en perspective et qui se retrouvent à coucher par terre dans des cellules qui n'ont rien à envier aux honteuses cages de zoo, à attendre parfois plus de 24 heures l'antalgique qui viendra soulager leur abcès dentaire et à n'avoir pour seul espace de relation affective authentique que les quelques minutes de parloir.

En tant que féministe, le sort d'hommes qui ont parfois brisé des vies innocentes ne devrait pas me préoccuper outre mesure mais l'inhumanité qui règne en ces lieux est assez prégnante pour que je m'en indigne, que je souhaite une véritable remise en question des conditionnements archaïques et destructeurs et que je milite pour une alternative progressiste à l'incarcération.

Sources: "Derrière les barreaux" de Philippe Godard; "Surveiller et punir" de Michel Foucault; Observatoire International des Prisons; Documentaire "Prisons, la honte de la République" de Bernard George.







vendredi 16 avril 2010

vendredi 9 avril 2010

Manifeste pour une Sexualité Libre

J'en avais vaguement parlé en-dehors de ce blog, l'idée a cheminé en treize points:


1- Le sexualité n'est pas un commerce.

2- La sexualité est une rencontre.

3- La rencontre de deux personnes ou plus.

4- La rencontre de personnes de sexes, de genres identiques ou pas.

5- De fait, la sexualité ne peut se réduire à la tristounette et répétitive pénétration.

6- La sexualité ne conduit pas forcément au couple.

7- Encore moins au mariage.

8- La sexualité n'a rien à faire des notions de virginité.

9- De conquête ou de tableau de chasse.

10- La sexualité violente n'est pas de la sexualité, c'est de la violence.

11- La sexualité n'est pas une obligation.

12- Ni un devoir.

13- Ni un droit.


lundi 22 mars 2010

Les maisons glauques

Après Christine Boutin, voilà qu'une autre politicienne rétrograde se met à proposer la réouverture des maisons closes. Enfin non, Chantal Brunel, la députée UMP en question, préfère parler de "maisons ouvertes".


Ouvertes à quoi ? A l'exploitation légale de femmes fragilisées et précarisées pour diverses raisons ? A la violence des hommes qui pourront pratiquer ce que leur compagne leur refuse parce que c'est humiliant, parce que c'est douloureux ? Aux proxénètes qui se frottent déjà les mains ?


L'argument qui (pue) tue ? Cette "réouverture" permettrait aux moches, aux sexuellement frustrés, aux violeurs potentiels de trouver dans ces lieux de domination légale le réconfort que la société leur doit.


Et pour les pauvres pédophiles, on fait quoi, alors ?


Plutôt que d'apprendre à ces hommes à contenir leurs pulsions, à admettre que les femmes ne sont pas des objets dont on dispose à loisir, à réaliser que ne pas pratiquer la sodomie ou l'éjaculation faciale ne tue pas, on choisit de sacrifier une frange de la population féminine, de préférence des immigrées aux abois.


Cette proposition est tout simplement l'expression d'un racisme et d'un sexisme des plus aboutis. Le mâle occidental aura donc toujours tous les droits ?


Pour étayer tout ça, un sondage a été lancé et 59% des Français seraient favorables à une réouverture de ces maisons closes: 70% des hommes et 49% des femmes.


49% des femmes ? Ce qui veut dire que 51% des femmes s'y opposeraient, la majorité donc, si mes calculs sont bons.

Rappelons quand même que les femmes sont les plus exposées à la prostitution. Ne dit-on pas "une pute" ?

Que leur opinion passe à la trappe ne m'étonne plus de la part d'une société qui a pris pour habitude de la nier mais ça me révolte toujours autant.