jeudi 7 octobre 2010

On arrête quand ?

Huit millions d'armes légères sont fabriquées chaque année dans le monde.

Elles tuent un millier de personnes par jour.



Source: le documentaire "Trafic d'armes: le commerce de la mort" rediffusé le 8/10 et le 14/10 sur Planète Doc.

samedi 2 octobre 2010

Enfermées

Je parcours aujourd'hui les blogs des copines et une évidence s'impose peu à peu à moi. Que ce soit dans des couvents, des gynécées ou des harems, des maisons closes ou des maisons tout court, les femmes sont enfermées depuis presque toujours pour servir un dieu, un maître, un violeur-prostitueur, un conjoint, un frère ... un homme en tous cas.

J'ai beau chercher, je ne trouve aucune structure équivalente qui aurait existé pour les hommes. Des hommes cloîtrés pour servir une femme.

La liberté physique des femmes effraie encore. On doit pouvoir les circonscrire et tout moyen justifie cette fin. Qu'on les renvoie, lasses de se battre, au foyer ou qu'on les dissuade de sortir en posant les jalons tacites d'un dehors dangereux, le dessein est le même.

Que fait d'autre un violeur-meurtrier de joggeuse que de signifier à sa victime et aux autres femmes que sa liberté de courir seule autour d'un lac lui est insupportable ? Que sa place est à l'intérieur, peu importe lequel, et qu'elle paye pour son audace.

Parce qu'un femme dehors, seule qui plus est, n'appartient qu'à elle-même. Et ça, c'est juste pas possible.

vendredi 1 octobre 2010

Parole aux philosophes

J'ai visionné une partie du documentaire "La cité du mâle" diffusé sur Arte et relevé, entre autres, les propos d'un jeune homme au sujet de la légitimité de la violence envers les femmes.

"Un homme ça reste un homme. Quand on parle de l'être humain, on dit l'homme, on dit pas la femme ... c'est pas pour rien."

Se rend-il compte sous les airs de philosophe érudit qu'il semble vouloir se donner:

- que l'utilisation du mot homme pour désigner les êtres humains n'est pas une vérité universelle, que c'est au contraire un dénigrement construit par des types au cerveau atrophié ... comme lui ?

- qu'il refuse, en 2010, le statut d'être humain à l'ensemble des femmes ?

- que son "c'est pas pour rien" cache à peine toutes les violences gratuites et multi-séculaires que les femmes subissent ?

Ceci dit, son propos a le mérite de mettre au jour le ressort de tout le machisme qui se joue dans notre société: les femmes ne font pas encore partie de l'humanité. Brimades, coups, objectivation, esclavagisation et humiliations à leur encontre ne sont que les applications méthodiques de ce postulat de base.

jeudi 23 septembre 2010

Ces yeux qui te regardent, et la nuit, et le jour

C'est le titre d'un recueil de textes diffusé par l'intermédiaire de Télérama à l'occasion du 23ème Festival du Livre de Mouans-Sartoux qui se déroulera cette année du 1er au 03 octobre 2010.

Le thème cette année: EtatS d'urgenceS.

Outre les contributions qui prennent aux tripes de Nadia Kaci (auteure de Laissées pour mortes-Hassi Messaoud) et Marie-Louise Gourdon, Françoise Héritier y parle de la violence sexuée à partir de son travail d'ethnologue:

" Lorsqu'on parle de la violence sexuelle, il n'est pas rare d'y voir associée l'idée de bestialité. En fait, c'est une erreur considérable. Ce n'est pas parce qu'ils sont proches des animaux que les hommes se rendent coupables de violences sexuelles.

Au contraire.

C'est la pensée, et seulement la pensée élaborée par nos ancêtres pour donner un sens au réel observé, qui est en cause, lorsqu'on examine de près les conditions de la violence sexuée, qu'elle soit publique ou privée.

Car de toutes les espèces animales répertoriées, il nous faut bien convenir que [l'être humain]* est la seule espèce où les mâles tuent les femelles."


* "l'homme" dans le texte originel, remplacé par mes soins par "l'être humain" pour plus de clarté.

mercredi 22 septembre 2010

Nausée matinale

Ce matin à la radio, les propos de Djamel Debbouze m'ont filé la nausée pour la journée:

Le journaliste: "Après « Indigènes » et « Hors-la-loi », vous songez à un autre film sous la direction de Rachid Bouchareb… "



Djamel Debbouze: "J’espère qu’on se retrouvera bientôt. Peut-être pour un porno halal !…" (Rires.)

Non. Pas rires pour ma part.

Sa réflexion et son engagement contre la haine des autres s'arrêtent chez ce comique, qui n'en a que le nom, où commence la haine des femmes.

Est-ce que c'est ça être intellectuellement limité ?

Septembre a inspiré l'OuLiPo

Repéré sur l'excellent site de l'OuLiPo :

 

Gnocchis de l'Automne

Cette année:

     le MLF a 40 ans
       l'Oulipo, 50
   le test de Turing, 60
    Rrose Selavy, 90.

On ne naît pas oulipien, on le devient.
Bientôt, un oulipien sur deux sera une femme.
Les oulipiennes ne sont pas des femmes.


Les trois derniers vers sont issus de citations célèbres, saurez-vous retrouver les citations originales ?

Les réponses dans un prochain billet au cas où.

vendredi 17 septembre 2010

Gynécide

On parlait il y a peu de la notion de gynécide. En fouillant dans mes archives, j'ai retrouvé ce texte de Micheline Carrier . En ce moment, j'ai un penchant pour celles qui appellent les choses par leur nom. D'aucuns disent probablement qu'elle exagère mais on sait bien ce que cette accusation cache ...

"Partout dans le monde et au sein de nombreuses ethnies, des femmes et des filles sont persécutées parce qu’elles sont des femmes et des filles, comme les Juifs l’ont été parce qu’ils sont juifs, comme les Croates l’ont été parce qu’ils sont croates, comme des gens de couleur l’ont été parce qu’ils sont de peau noire, jaune ou rouge.Les dictionnaires attribuent au terme génocide (n.m. du grec : genos « race » et suff.-cide : destruction, extermination) le sens de « destruction méthodique d’un groupe ethnique ». L’exemple qui nous vient tout de suite à l’esprit est celui des Juifs persécutés et exterminés par la haine des nazis.


Les peuples arméniens et croates ont également vécu une forme de génocide. Les Tutsis et les Hutus, à tour de rôle. Les Palestiniens également. En Amérique, on pourrait considérer que des ethnies amérindiennes ont également été victimes de génocide.


On peut trouver, dans l’histoire ancienne comme dans l’histoire moderne, des dizaines d’exemples de groupes qui en persécutent d’autres pour des motifs ethniques ou/et religieux.


Par extension, les dictionnaires définissent comme un génocide « toute extermination d’un groupe important de personnes en peu de temps. » Notez bien ceci : GROUPE IMPORTANT et EN PEU DE TEMPS.


Alors, lorsqu’il s’agit d’un groupe important de personnes persécutées et exécutées sur la seule base de leur sexe, il s’agit également d’un génocide. Aussi honteux pour l’humanité que soient l’Holocauste et toute autre forme d’extermination ethnique de toutes les époques, le pire génocide de l’histoire me semble ailleurs.


Il serait plus juste de lui donner le nom de GYNÉCIDE (gyne : du grec gunê, gunaïkos « femme ») ou de GYNOCIDE. Il s’agit de la « destruction méthodique » des femmes, qui se poursuit encore aujourd’hui dans plusieurs points du globe et de plusieurs façons.


Il arrive même que les peuples victimes des pires génocides se rendent eux-mêmes coupables de gynécides. Ils invoquent la Tradition. Tradition ou non, lors qu’on persécute ou détruit un groupe important, dans ce cas le groupe des femmes, cela reste une forme de génocide.


L’Histoire n’a jamais reconnu la responsabilité de l’humanité dans de nombreux gynécides. Le monde moderne n’est pas plus enclin à la reconnaître. Il pratique la dénégation systématique pour ne pas avoir à affronter sa honte et, surtout, ne pas avoir à changer de comportement et de valeurs. Car les enjeux sont importants. En tête de lice, comme toujours, les enjeux économiques.


PLUS DE VICTIMES


J’affirme néanmoins que les GYNÉCIDES dépassent en nombre et en sévérité tous les GÉNOCIDES qui ont pu être commis sur la planète Terre. Ils ont fait davantage de victimes. Si on voulait voir ce que des millions de femmes et de filles ont subi depuis des millénaires et ce que des millions de femmes et de filles subissent encore de nos jours, quotidiennement, si on voulait appeler les choses par leur nom, il faudrait reconnaître que les femmes EN TANT QUE GROUPE ont été victimes du pire génocide de l’histoire humaine. Dans certaines régions du monde, elles le sont encore avec la complicité de la communauté internationale qui prétend promouvoir les droits humains.


Le GYNÉCIDE, c’est-à-dire la persécution, la destruction ou l’extermination d’UN GROUPE IMPORTANT de femmes et de filles, pour les seuls motifs de dérogation au code moral, social ou religieux QUI LEUR EST IMPOSÉ EN RAISON DE LEUR SEXE, est un crime universel : il transcende les frontières des pays, des ethnies et des époques.


En effet, partout dans le monde, des millions de femmes de toute race sont séquestrées, exclues, chassées, persécutées, mutilées, violées, battues, torturées et exécutées DU FAIT QU’ELLES SONT DE SEXE FÉMININ. Crime « d’honneur », crime de guerre, crime conjugal, crime de la misogynie et du patriarcat, matricide, infanticide des filles, fratricide, etc. Les violences contre les femmes et les filles, dont la violence ultime, le meurtre, sont UNIVERSELLES.


Pourquoi ? À cause de la haine d’individus de l’autre sexe, comme certains groupes ethniques sont victimes de la haine d’individus d’autres groupes ethniques. Pas de tous les individus de l’autre sexe, évidemment, ni de tous les individus d’autres ethnies. Dans les deux cas, on agit au nom de motifs religieux, moraux, sociaux, culturels et politiques. Au nom de la Tradition. Une tradition qu’on préserve jalousement parce qu’elle donne à la domination sa légitimité. Qu’une société laisse des individus et des groupes en détruire d’autres révèle l’acceptation de ces génocides et de ces gynécides par celles et ceux qui se taisent. Une immense lâcheté collective."




Micheline Carrier-Juin 2002