... et seulement si Tristane Banon est victime comme elle le prétend, je la soutiens.
dimanche 24 juillet 2011
Une semaine de bonheurs ou presque
Pas facile, facile en ce moment ... Mais je vais tenter de répondre à l'invitation d'Euterpe qui consiste à faire part des petits bonheurs que l'on a croisés durant la semaine écoulée (si, moi aussi, j'ai bien compris !).
Lundi: j'ai décidé d'apprendre la clarinette à la rentrée (avec la guitare et l'harmonica à mon actif, je suis en passe de devenir une femme-orchestre ou un truc approchant). La décision c'est le plus enthousiasmant car ça intervient avant la confrontation avec la réalité de l'instrument qui cache bien ses difficultés retorses et avec l'étendue soudain limitée des capacités cognitives passé un certain âge (merde, on avait dit "que du positif" !).
Mardi: invitée chez un copain qui cuisine divinement bien, j'ai mangé une ratatouille. Servie froide avec un filet de vinaigre balsamique (du vrai, très cher), j'ai dû avouer qu'elle surpassait largement la mienne devenue soudain d'une déplorable fadeur gustative. Dommage qu'il ait fallu la déguster en présence d'un ami de cet ami, complètement ivre et qui n'a eu de cesse de se plaindre que les femmes étaient, texto, des casse-couilles (pfouuu, ça va être dur le "que du positif", promis mercredi j'arrête mon mauvais esprit mais là j'avais encore un peu le droit, j'étais en présence d'un misogyne patenté, quand même).
Mercredi: je suis allée récupérer le livre que j'avais commandé à ma libraire, Caresser le velours de Sarah Waters. Cette auteure m'a été conseillée par Mauvaise Herbe et je l'en remercie avec toute la gratitude qu'une lesbophile puisse éprouver en présence d'une littérature en forme de festival lesbien des sens.
Jeudi: petite virée à Aix-en-Provence avec mes filles. Pour qui ne connaît pas, c'est une ville magnifique dont la plupart des rues sont piétonnes, on s'y gare en périphérie. C'est la ville des étudiant.e.s et de Cézanne. Les magasins n'ouvrent pas avant dix heures et le soir une multitude de cafés-concerts proposent des soirées musicales (vous ne me ferez pas dire que c'est une ville extrêmement bourgeoise et par là même bobo, je casserais ma promesse d'être strictement positive).
Vendredi: j'ai joué avec mon chat Loule. Depuis sa castration (vous étiez prévenu.e.s que vous étiez sur un blog féministe), il est beaucoup plus joueur. On le croirait redevenu chaton. On s'est roulé.e.s dans l'herbe, on a fait les andouilles avec une ficelle fluo, on s'est observé.e.s les yeux dans les yeux (en les plissant un peu pour ma part, comme me l'avait conseillé Hypathie).
Samedi: j'ai revu avec plaisir Le diable par la queue et sa clique de femmes rusées et pragmatiques qui, pour sauver leur manoir, finissent par avoir raison (et la valise pleine d'argent !) d'un ruffian marseillais. Ahhh! la réplique pas culottée du tout: "Maman a peur que papa soit encore cocu" ...
Dimanche: j'ai concocté une version lesbienne de L'orage de Brassens avec un accompagnement tout simple à la guitare (j'ai cru un moment pouvoir surpasser Django Reinhardt, mais non en fait, donc je fais dans le basique). Je pourrai poster ici la vidéo du résultat mais seuls des encouragements insistants et répétés me feront sauter le pas, je suis si timide et réservée.
Si j'ai bien tout compris, je peux (je dois ? je ne maîtrise pas encore toutes les convenances sociales afférentes à la blogosphère) renvoyer l'invitation à qui je veux. Je les ai citées, Mauvaise Herbe et Hypathie. Je rajoute Alice parce que ça fait longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles.
Tiens, je rajoute aussi Moi de Dalida, Marx et moi. Je suis accro à ce style qui la caractérise et que je ne pourrai jamais approcher (un peu comme Django).
Lundi: j'ai décidé d'apprendre la clarinette à la rentrée (avec la guitare et l'harmonica à mon actif, je suis en passe de devenir une femme-orchestre ou un truc approchant). La décision c'est le plus enthousiasmant car ça intervient avant la confrontation avec la réalité de l'instrument qui cache bien ses difficultés retorses et avec l'étendue soudain limitée des capacités cognitives passé un certain âge (merde, on avait dit "que du positif" !).
Mardi: invitée chez un copain qui cuisine divinement bien, j'ai mangé une ratatouille. Servie froide avec un filet de vinaigre balsamique (du vrai, très cher), j'ai dû avouer qu'elle surpassait largement la mienne devenue soudain d'une déplorable fadeur gustative. Dommage qu'il ait fallu la déguster en présence d'un ami de cet ami, complètement ivre et qui n'a eu de cesse de se plaindre que les femmes étaient, texto, des casse-couilles (pfouuu, ça va être dur le "que du positif", promis mercredi j'arrête mon mauvais esprit mais là j'avais encore un peu le droit, j'étais en présence d'un misogyne patenté, quand même).
Mercredi: je suis allée récupérer le livre que j'avais commandé à ma libraire, Caresser le velours de Sarah Waters. Cette auteure m'a été conseillée par Mauvaise Herbe et je l'en remercie avec toute la gratitude qu'une lesbophile puisse éprouver en présence d'une littérature en forme de festival lesbien des sens.
Jeudi: petite virée à Aix-en-Provence avec mes filles. Pour qui ne connaît pas, c'est une ville magnifique dont la plupart des rues sont piétonnes, on s'y gare en périphérie. C'est la ville des étudiant.e.s et de Cézanne. Les magasins n'ouvrent pas avant dix heures et le soir une multitude de cafés-concerts proposent des soirées musicales (vous ne me ferez pas dire que c'est une ville extrêmement bourgeoise et par là même bobo, je casserais ma promesse d'être strictement positive).
Vendredi: j'ai joué avec mon chat Loule. Depuis sa castration (vous étiez prévenu.e.s que vous étiez sur un blog féministe), il est beaucoup plus joueur. On le croirait redevenu chaton. On s'est roulé.e.s dans l'herbe, on a fait les andouilles avec une ficelle fluo, on s'est observé.e.s les yeux dans les yeux (en les plissant un peu pour ma part, comme me l'avait conseillé Hypathie).
| c'est lui mais les yeux masqués pour respecter son anonymat |
Dimanche: j'ai concocté une version lesbienne de L'orage de Brassens avec un accompagnement tout simple à la guitare (j'ai cru un moment pouvoir surpasser Django Reinhardt, mais non en fait, donc je fais dans le basique). Je pourrai poster ici la vidéo du résultat mais seuls des encouragements insistants et répétés me feront sauter le pas, je suis si timide et réservée.
Si j'ai bien tout compris, je peux (je dois ? je ne maîtrise pas encore toutes les convenances sociales afférentes à la blogosphère) renvoyer l'invitation à qui je veux. Je les ai citées, Mauvaise Herbe et Hypathie. Je rajoute Alice parce que ça fait longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles.
Tiens, je rajoute aussi Moi de Dalida, Marx et moi. Je suis accro à ce style qui la caractérise et que je ne pourrai jamais approcher (un peu comme Django).
jeudi 21 juillet 2011
Guérilla *
- Mais vous aussi vous parlez de guerre.
- De révolution, c'est différent ! Une révolution, cela signifie une légitime défense contre ceux qui vous agressent avec l'arme de la faim et de l'ignorance.
L'art de la joie, Goliarda Sapienza.
* en écho aux Guérillères d'Hypathie !
- De révolution, c'est différent ! Une révolution, cela signifie une légitime défense contre ceux qui vous agressent avec l'arme de la faim et de l'ignorance.
L'art de la joie, Goliarda Sapienza.
* en écho aux Guérillères d'Hypathie !
mercredi 20 juillet 2011
La demande croissante en matière de prostitution
Le magazine Newsweek publie en exclusivité les résultats d'une étude menée par la psychologue et directrice de "Prostitution Research and Education", Melissa Farley. L'article en question, The John Next Door, contient cinq pages qu'il me serait laborieux de traduire dans leur intégralité et avec la rigueur que cela nécessiterait. Cependant, m'appuyant sur mes restes de connaissances en anglais, j'ai tenté d'en retirer les informations les plus significatives. Cette étude s'est donné pour but de comparer prostitueurs et non-prostitueurs et propose un état des lieux de la prostitution (aux Etats-Unis mais le phénomène étant mondial voire mondialisé, les données recueillies reflètent une situation commune).
Le premier constat de Farley concerne la cible des recherches en matière de prostitution jusqu'ici: 99% concernent les prostituées contre 1% pour les prostitueurs. Un véritable angle mort qui occulte les motivations de ces hommes. J'en profite pour signaler qu'en France une enquête dans le même esprit avait été publiée: Les clients de la prostitution (Claudine Legardinier et Saïd Bouamama).
Autre fait consternant: devant la quasi-impossibilité de dénicher des non-consommateurs de sexe (prostitution et pornographie) afin de former le groupe-témoin de 100 hommes non-prostitueurs, Farley et son équipe ont dû revoir leur définition et se résoudre à considérer comme tels ceux qui ne s'étaient pas rendus dans un club de stip-tease plus de deux fois au cours de l'année, n'avaient pas consommé de lap-dance et de pornographie durant le dernier mois ni eu recours à des masseuses, escortes ou prostituées ...
Enfin, on apprend que la moyenne d'âge des décès de prostituées est de 34 ans, une moyenne influencée par un taux exceptionnellement élevé d'homicides.
Des deux groupes formés par Farley et ses chercheur.e.s, c'est celui des prostitueurs qui permet le mieux de mettre en exergue, à travers les propos et les comportements observés, la soif de domination, de violence et le désir de déshumanisation des femmes.
Quelques témoignages de clients:
“You can have a good time with the servitude.”
" Contraindre permet de passer du bon temps."
“Prostitution treats women as objects and not ... humans."
"Dans la prostitution, les femmes sont traitées comme des objets et non comme ... des êtres humains."
“You’re the boss, the total boss."
"Vous êtes le patron, le patron incontesté."
“Even us normal guys want to say something and have it done no questions asked. No ‘I don’t feel like it.’ No ‘I’m tired.’ Unquestionable obedience. I mean that’s powerful. Power is like a drug.”
"Même les types normaux comme nous veulent ne pas avoir de comptes à rendre. Pas de "J'aime pas ça" ou "Je suis fatiguée". L'obéissance totale. Tu as le pouvoir et le pouvoir est une drogue."
“You get to treat a ho like a ho,” one john said. “You can find a ho for any type of need—slapping, choking, aggressive sex beyond what your girlfriend will do.”
"Vous êtes là pour traiter une pute comme une pute. Vous pouvez trouver une pute pour n'importe quel besoin: les coups, l'étranglement, le sexe violent, tout ce que votre compagne vous refusera."
Violence, prostitution et pornographie sont intimement mêlées, se nourrissent et fonctionnent sur la même demande: soumettre les femmes. Farley relève que les prostitueurs ont réalisé leur éducation sexuelle au moyen de la pornographie (pour les 3/4 d'entre eux) et qu'ils en consomment plus que les non-prostitueurs. Ils commettent en outre plus de délits avec violence et plus particulièrement envers des femmes 'viols et agressions physiques).
Il y a heureusement dans l'article quelques notes d'espoir: la prise de conscience collective que nous sommes bien en présence d'une violence inacceptable, la volonté d'en finir avec ce fléau et ses satellites ainsi que des initiatives progressistes en faveur d'une abolition ferme et constructive.
Le premier constat de Farley concerne la cible des recherches en matière de prostitution jusqu'ici: 99% concernent les prostituées contre 1% pour les prostitueurs. Un véritable angle mort qui occulte les motivations de ces hommes. J'en profite pour signaler qu'en France une enquête dans le même esprit avait été publiée: Les clients de la prostitution (Claudine Legardinier et Saïd Bouamama).
Autre fait consternant: devant la quasi-impossibilité de dénicher des non-consommateurs de sexe (prostitution et pornographie) afin de former le groupe-témoin de 100 hommes non-prostitueurs, Farley et son équipe ont dû revoir leur définition et se résoudre à considérer comme tels ceux qui ne s'étaient pas rendus dans un club de stip-tease plus de deux fois au cours de l'année, n'avaient pas consommé de lap-dance et de pornographie durant le dernier mois ni eu recours à des masseuses, escortes ou prostituées ...
Enfin, on apprend que la moyenne d'âge des décès de prostituées est de 34 ans, une moyenne influencée par un taux exceptionnellement élevé d'homicides.
Des deux groupes formés par Farley et ses chercheur.e.s, c'est celui des prostitueurs qui permet le mieux de mettre en exergue, à travers les propos et les comportements observés, la soif de domination, de violence et le désir de déshumanisation des femmes.
Quelques témoignages de clients:
“You can have a good time with the servitude.”
" Contraindre permet de passer du bon temps."
“Prostitution treats women as objects and not ... humans."
"Dans la prostitution, les femmes sont traitées comme des objets et non comme ... des êtres humains."
“You’re the boss, the total boss."
"Vous êtes le patron, le patron incontesté."
“Even us normal guys want to say something and have it done no questions asked. No ‘I don’t feel like it.’ No ‘I’m tired.’ Unquestionable obedience. I mean that’s powerful. Power is like a drug.”
"Même les types normaux comme nous veulent ne pas avoir de comptes à rendre. Pas de "J'aime pas ça" ou "Je suis fatiguée". L'obéissance totale. Tu as le pouvoir et le pouvoir est une drogue."
“You get to treat a ho like a ho,” one john said. “You can find a ho for any type of need—slapping, choking, aggressive sex beyond what your girlfriend will do.”
"Vous êtes là pour traiter une pute comme une pute. Vous pouvez trouver une pute pour n'importe quel besoin: les coups, l'étranglement, le sexe violent, tout ce que votre compagne vous refusera."
Violence, prostitution et pornographie sont intimement mêlées, se nourrissent et fonctionnent sur la même demande: soumettre les femmes. Farley relève que les prostitueurs ont réalisé leur éducation sexuelle au moyen de la pornographie (pour les 3/4 d'entre eux) et qu'ils en consomment plus que les non-prostitueurs. Ils commettent en outre plus de délits avec violence et plus particulièrement envers des femmes 'viols et agressions physiques).
Il y a heureusement dans l'article quelques notes d'espoir: la prise de conscience collective que nous sommes bien en présence d'une violence inacceptable, la volonté d'en finir avec ce fléau et ses satellites ainsi que des initiatives progressistes en faveur d'une abolition ferme et constructive.
lundi 18 juillet 2011
lundi 11 juillet 2011
Le viol: une violence sociale organisée
Au même titre que le meurtre sexiste, le viol est un phénomène culturel, social et politique.
Culturel parce qu'il est issu d'une construction inégalitaire (à dessein) des identités et ainsi des rapports femmes-hommes.
Social parce qu'il met en scène les deux groupes sociaux ainsi formés.
Politique enfin parce qu'il est un moyen de perpétuer l'ordre inique préalablement établi.
Rien ne justifie que le viol soit subi en très grande majorité par des femmes. Les hommes aussi sont violables: la sodomie mais aussi l'érection mécanique et indépendante de toute excitation sont possibles. Des hommes sont violés par d'autres hommes, dans les prisons notamment d'où le phénomène est souvent rapporté, mais aussi par des femmes ...
Du côté de la force physique, qui expliquerait la capacité de contrainte, on peut émettre aussi des réserves d'autant plus grandes que la victime est en position de force face à un agresseur au sexe vulnérabilisé puisqu'exhibé. Reste la menace armée ou l'agression collective qui ne sont plus de l'ordre de la force physique.
Je passe mon tour sur la question des célèbres besoins sexuels irrépressibles des hommes; d'autres se chargeront peut-être de déconstruire le mythe pour les quelques crédules qui y croiraient encore.
Le ratio sexué du viol présente un déséquilibre qui conforte la thèse de la construction culturelle puisque matériellement rien ne s'opposerait à ce que les femmes violent dans les mêmes proportions que les hommes. En effet, aucun domaine n'échappe à une assez stricte distribution des rôles en fonction du sexe: travail, famille, loisirs, privé, public ... pourquoi le viol se soustraierait à cette exigence de casting ?
Un violeur, unE violée.
Un prédateur, unE proie.
Un agresseur, unE victime.
Le viol s'inscrit dans une logique de domination. Et au-delà de la domination d'une personne sur une autre c'est surtout celle d'un groupe sur un autre qui se lit. Un violeur n'est que l'agent d'un groupe social qui rappelle à l'ordre une représentante de l'autre groupe social. Faire du viol une histoire exclusivement individuelle évacue la dimension collective qui est à l'oeuvre. On ne viole pas par désir de sexe, on viole pour rappeler qui est le maître du corps ainsi dépossédé, qui règne sur l'espace public, qui décide où se trouve la place des femmes, qui choisit à partir de quelle heure celles-ci doivent rester chez elles. On les tue pour les mêmes raisons. On viole, on tue et on envoie le message. Aux autres, celles qu'on n'a pas violées mais c'est presque tout comme: plus jamais tu ne vivras sans y penser de temps en temps, on a rogné ton sentiment de sécurité (l'heure de la peur). Il y a des règles tacites, un ordre établi et des gardiens pour y veiller, faire le sale boulot.
Le viol a une fonction politique: domestiquer.
Et comme dans toute stratégie politique bien menée, on peaufine les détails afin que toute contestation massive soit phagocytée, que toute prise de conscience salutaire ne voie le jour. On prend alors soin d'isoler les protagonistes: la victime, que l'on persuadera que ce drame est lié à un contexte et des circonstances personnel.le.s, mais aussi l'agresseur dont le stéréotype grossi, déformé, de monstrueux déséquilibré rassurera ceux qui ont un peu forcé une fille un jour.
Culturel parce qu'il est issu d'une construction inégalitaire (à dessein) des identités et ainsi des rapports femmes-hommes.
Social parce qu'il met en scène les deux groupes sociaux ainsi formés.
Politique enfin parce qu'il est un moyen de perpétuer l'ordre inique préalablement établi.
Rien ne justifie que le viol soit subi en très grande majorité par des femmes. Les hommes aussi sont violables: la sodomie mais aussi l'érection mécanique et indépendante de toute excitation sont possibles. Des hommes sont violés par d'autres hommes, dans les prisons notamment d'où le phénomène est souvent rapporté, mais aussi par des femmes ...
Du côté de la force physique, qui expliquerait la capacité de contrainte, on peut émettre aussi des réserves d'autant plus grandes que la victime est en position de force face à un agresseur au sexe vulnérabilisé puisqu'exhibé. Reste la menace armée ou l'agression collective qui ne sont plus de l'ordre de la force physique.
Je passe mon tour sur la question des célèbres besoins sexuels irrépressibles des hommes; d'autres se chargeront peut-être de déconstruire le mythe pour les quelques crédules qui y croiraient encore.
Le ratio sexué du viol présente un déséquilibre qui conforte la thèse de la construction culturelle puisque matériellement rien ne s'opposerait à ce que les femmes violent dans les mêmes proportions que les hommes. En effet, aucun domaine n'échappe à une assez stricte distribution des rôles en fonction du sexe: travail, famille, loisirs, privé, public ... pourquoi le viol se soustraierait à cette exigence de casting ?
Un violeur, unE violée.
Un prédateur, unE proie.
Un agresseur, unE victime.
Le viol s'inscrit dans une logique de domination. Et au-delà de la domination d'une personne sur une autre c'est surtout celle d'un groupe sur un autre qui se lit. Un violeur n'est que l'agent d'un groupe social qui rappelle à l'ordre une représentante de l'autre groupe social. Faire du viol une histoire exclusivement individuelle évacue la dimension collective qui est à l'oeuvre. On ne viole pas par désir de sexe, on viole pour rappeler qui est le maître du corps ainsi dépossédé, qui règne sur l'espace public, qui décide où se trouve la place des femmes, qui choisit à partir de quelle heure celles-ci doivent rester chez elles. On les tue pour les mêmes raisons. On viole, on tue et on envoie le message. Aux autres, celles qu'on n'a pas violées mais c'est presque tout comme: plus jamais tu ne vivras sans y penser de temps en temps, on a rogné ton sentiment de sécurité (l'heure de la peur). Il y a des règles tacites, un ordre établi et des gardiens pour y veiller, faire le sale boulot.
Le viol a une fonction politique: domestiquer.
Et comme dans toute stratégie politique bien menée, on peaufine les détails afin que toute contestation massive soit phagocytée, que toute prise de conscience salutaire ne voie le jour. On prend alors soin d'isoler les protagonistes: la victime, que l'on persuadera que ce drame est lié à un contexte et des circonstances personnel.le.s, mais aussi l'agresseur dont le stéréotype grossi, déformé, de monstrueux déséquilibré rassurera ceux qui ont un peu forcé une fille un jour.
mardi 5 juillet 2011
A lire avant de violer une femme
Vous aimeriez violer une femme mais la crainte de représailles judiciaires vous refroidit et l'on vous comprend. Mais sachez que seulement 1% des viols sont suivis d'une condamnation en France, que c'est sur votre victime que la société portera un regard accusateur et surtout que, si elle se trouve dans l'un des cas suivants, vous sortirez blanchi de cette gênante affaire:
1- elle a déjà pris de la drogue ou de l'alcool
2- elle est pauvre
3- elle a dit oui, puis non (même dix fois, ça compte pas)
4- elle est moche
5- elle aime sortir le soir
6- elle est étrangère
7- elle a déjà menti dans sa vie
8- elle est jolie
9- elle n'a pas signalé l'agression IMMEDIATEMENT
10- elle est ou a été prostituée
11- elle a trop de relations sexuelles (assimilé point n° 10)
12- elle n'a pas de partenaire et semble en souffrir
13- elle a du mal à se souvenir des circonstances exactes du viol
14- elle est handicapée mentale
15- elle n'était plus vierge
16- elle a repris ses activités "normalement" après l'agression
17- elle est dépressive
18- elle a un casier judiciaire
19- elle sort souvent seule
20- elle est actrice de films pornos, gogo danseuse ou masseuse
21- elle ne s'est pas débattue pendant l'agression
22- elle aime faire le premier pas
23- elle n'est pas prête à subir les vannes des policiers/avocats/juges
24- elle a tendance à chercher les ennuis en faisant son jogging seule
25- elle aime le sexe (en principe)
26- vous êtes son conjoint, ami, collègue ou voisin
27- elle n'a pas l'air d'avoir été violée
28- il lui arrive parfois de fumer des joints
29- elle ne s'habille jamais avec un sac à patates en toile de jute
30- ses voisins la trouvent bizarre
31*- vous êtes le policier qui reçoit sa plainte
32*- elle est lesbienne
33*- vous êtes son père, grand-père, oncle ou frère
34*- il s'agit d'une fillette
35*- il s'agit d'une femme âgée
36*- vous êtes un homme respectable (et respecté)
37*- vous avez une famille
38*- votre région, votre pays est le théatre de conflits armés
39- elle est issue d'une ethnie minoritaire, discriminée, massacrée
40*- vous êtes sexsomniaque
41- elle balance ses fesses lorsqu'elle marche
42- elle pose sa main sur son plexus solaire lorsqu'elle s'exprime
43*- toi, tes complices êtes mineurs.
44*- elle est féministe
45*- vous êtes sûr qu'elle sera la seule plaignante parmi vos victimes
* suggestions de lectrices
Edit: j'ai oublié de vous orienter vers l'excellent billet de la Docteure Muriel Salmona, dont je me suis partiellement inspirée de plus, et dans lequel vous trouverez l'illustration concrète de cette liste. Voilà, c'est réparé.
1- elle a déjà pris de la drogue ou de l'alcool
2- elle est pauvre
3- elle a dit oui, puis non (même dix fois, ça compte pas)
4- elle est moche
5- elle aime sortir le soir
6- elle est étrangère
7- elle a déjà menti dans sa vie
8- elle est jolie
9- elle n'a pas signalé l'agression IMMEDIATEMENT
10- elle est ou a été prostituée
11- elle a trop de relations sexuelles (assimilé point n° 10)
12- elle n'a pas de partenaire et semble en souffrir
13- elle a du mal à se souvenir des circonstances exactes du viol
14- elle est handicapée mentale
15- elle n'était plus vierge
16- elle a repris ses activités "normalement" après l'agression
17- elle est dépressive
18- elle a un casier judiciaire
19- elle sort souvent seule
20- elle est actrice de films pornos, gogo danseuse ou masseuse
21- elle ne s'est pas débattue pendant l'agression
22- elle aime faire le premier pas
23- elle n'est pas prête à subir les vannes des policiers/avocats/juges
24- elle a tendance à chercher les ennuis en faisant son jogging seule
25- elle aime le sexe (en principe)
26- vous êtes son conjoint, ami, collègue ou voisin
27- elle n'a pas l'air d'avoir été violée
28- il lui arrive parfois de fumer des joints
29- elle ne s'habille jamais avec un sac à patates en toile de jute
30- ses voisins la trouvent bizarre
31*- vous êtes le policier qui reçoit sa plainte
32*- elle est lesbienne
33*- vous êtes son père, grand-père, oncle ou frère
34*- il s'agit d'une fillette
35*- il s'agit d'une femme âgée
36*- vous êtes un homme respectable (et respecté)
37*- vous avez une famille
38*- votre région, votre pays est le théatre de conflits armés
39- elle est issue d'une ethnie minoritaire, discriminée, massacrée
40*- vous êtes sexsomniaque
41- elle balance ses fesses lorsqu'elle marche
42- elle pose sa main sur son plexus solaire lorsqu'elle s'exprime
43*- toi, tes complices êtes mineurs.
44*- elle est féministe
45*- vous êtes sûr qu'elle sera la seule plaignante parmi vos victimes
* suggestions de lectrices
Edit: j'ai oublié de vous orienter vers l'excellent billet de la Docteure Muriel Salmona, dont je me suis partiellement inspirée de plus, et dans lequel vous trouverez l'illustration concrète de cette liste. Voilà, c'est réparé.
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